« Tout est parti d’échanges informels entre le professeur Zoubir Djerada, chef du département de pharmacologie au CHU de Reims, et le professeur Arthur Kaladjian chef du pôle Nord Marne à l’EPSM de la Marne, explique le Dr Fayçal Bouazzaoui, chef du service recours de l’établissement. Depuis deux ans, nous proposions déjà des consultations dédiées aux pathologies résistantes et complexes. Mais nous voulions aller plus loin. Ces consultations offrent surtout un avis global et permettent d’orienter les soins - vers la neuromodulation, la TMS ou encore l’adaptation des traitements. La réunion de concertation pluridisciplinaire ou RCP, elle, est centrée exclusivement sur la psychopharmacologie : il s’agit d’un avis thérapeutique strictement pharmacologique. » Le dispositif s’est structuré grâce à un financement obtenu en 2025 dans le cadre d’un appel à projets du Fonds d’Innovation Organisationnelle en Psychiatrie (FIOP).
Huit patients déjà accompagnés
La RCP vise à apporter un regard croisé sur des situations complexes, en produisant un avis collégial. L’équipe repose aujourd’hui sur un noyau composé du Dr Bouazzaoui, du Pr Djerada et d’un docteur junior, mais le dispositif se veut volontairement ouvert. Les réunions se déroulent tous les mardis, de 13 h 30 à 15 heures, en présentiel ou en visioconférence. « Elles ne concernent pas uniquement les médecins. L’idée est justement d’impliquer différents professionnels. Des internes, un IPA, et d’autres professionnels y participent », prévient le Dr Bouazzaoui.
Comment se définit la notion de pharmacorésistance ? « L’absence de réponse à 2 traitements successifs de familles différentes, à dose et durée suffisantes », indique le Dr Bouazzaoui. Dans ces situations, un regard extérieur devient particulièrement précieux, notamment lorsque les médecins se retrouvent en difficulté. En quelques mois, 8 patients présentant des pathologies résistantes ont déjà été accompagnés. Des évolutions positives ont été observées, même si elles restent difficiles à objectiver : « Nous avons constaté des issues favorables, mais il est difficile d’isoler l’impact spécifique de la RCP par rapport à l’ensemble de la prise en charge. D’autant que, au-delà de la pharmacorésistance, toute situation complexe peut être discutée », souligne-t-il. La RCP ne se limite pas à la décision thérapeutique. Elle constitue également un espace d’échange clinique, entre théorie et pratique. Des temps dédiés à l’actualisation
des connaissances y sont intégrés.
Une journée scientifique à l’étude
Structurer un noyau dur de professionnels, poursuivre le développement de l’activité, et engager une démarche d’évaluation et de valorisation scientifique
sont envisagés. « L’idée est de pouvoir analyser les résultats, voire développer de la recherche, pour objectiver l’apport de la RCP », explique le Dr Bouazzaoui. L’organisation d’une journée scientifique est aussi à l’étude.